Graphisme

Couleurs et typographies : comment on les choisit vraiment ?

Palette, contrastes, licences de polices : la méthode d'une directrice artistique pour choisir des couleurs et typographies lisibles et sans surcoût.

Emilie RouchyPublié le 22 octobre 20265 min de lecture

Couleurs et typographies : comment on les choisit vraiment ?

Je pars d'une émotion, pas d'un nuancier

Ma méthode, c'est la retranscription d'émotions. Avant d'ouvrir le moindre nuancier, je reprends tout ce que la stratégie de marque a posé : les valeurs que l'on veut transmettre, le positionnement, le ton.

Je me demande ensuite ce que la marque doit faire ressentir. Confiance, chaleur, audace, élégance, énergie ? Les couleurs viennent de là. Elles ne sont pas une décoration ajoutée à la fin, mais la traduction visuelle de décisions déjà prises.

C'est pour cette raison que je ne propose jamais de palette avant que la stratégie soit validée. Sans cap, une couleur n'est qu'une préférence.

Les codes du secteur : les connaître sans les copier

Chaque secteur a ses réflexes : le bleu pour la finance, le vert pour l'environnement, le noir et l'or pour le luxe. Il faut les connaître, et parfois les respecter, pour que la marque soit comprise tout de suite.

Mais le vrai piège, c'est de recopier ce que fait le voisin. Si tous les cabinets dentaires de la région sont bleu ciel et blanc, un cabinet de plus en bleu ciel et blanc n'a aucune chance d'être remarqué.

C'est encore plus vrai pour une marque émergente. Elle a besoin d'être vite reconnaissable, de sortir du lot et de marquer les esprits. Je m'appuie donc sur les codes du secteur pour rester crédible, puis je cherche l'écart qui fera la différence.

Ce que le client aime n'est pas forcément bon pour sa marque

Les demandes du client sont toujours prises en compte. Mais une partie de mon travail consiste à faire de la pédagogie : la couleur préférée d'un dirigeant n'est pas forcément la bonne pour son entreprise.

Pour choisir, il faut mettre de côté ses goûts personnels, et les miens aussi. La seule question qui compte : est-ce que ce choix sert la marque et son positionnement ?

Chaque décision graphique doit répondre à un objectif. Je le garde en tête tout au long du projet, et c'est cet argument que je présente au client quand je défends une proposition.

La palette type que je recommande

Une palette efficace est courte. Voici la structure que je propose à la plupart de nos clients :

  • Couleur primaire : 1, la couleur qui représente la marque. C'est la plus importante.

  • Neutres : 3 au minimum, un très clair, un très foncé et un intermédiaire, pour les fonds et les textes

  • Couleur secondaire : 1, en option , une couleur d'accent, pour les boutons ou les éléments à mettre en avant

Les neutres sont souvent oubliés, alors que ce sont eux qui rendent l'identité utilisable au quotidien. Sans eux, on finit par écrire du texte dans la couleur primaire, et la lisibilité en souffre.

La palette d'Hartéon, studio de design d'espace, en est un bon exemple. Elle est sobre et élégante, parfaitement alignée avec un positionnement premium dans l'aménagement intérieur.

Accessibilité : un contraste, ça se vérifie

Une belle couleur qui ne se lit pas ne sert à rien. Je vérifie donc systématiquement les contrastes, avec le vérificateur de contraste d'Adobe Color.

La référence en la matière, ce sont les règles d'accessibilité du web (WCAG). Elles demandent un rapport de contraste d'au moins 4,5:1 entre un texte courant et son fond, et de 3:1 pour les grands titres.

Concrètement, je m'assure de deux choses :

  • Les neutres portent la lisibilité. Ce sont eux qui servent de fonds de section et de couleur de texte, pour garantir une lecture confortable.

  • Les couleurs principales fonctionnent entre elles. Elles doivent rester lisibles l'une sur l'autre, quel que soit le support et le contexte.

Typographies : deux au minimum, et toujours sous licence commerciale

Le minimum syndical, c'est deux typographies : une pour les titres, une pour le texte courant. Selon les besoins, on peut en ajouter une pour les sous-titres, une pour les légendes, ou une typographie d'accent pour quelques mots mis en valeur.

Les typographies de Déclaris en sont un bon exemple : sérieuses mais élégantes, et surtout très lisibles. C'est ce qu'on attend d'un cabinet fiduciaire.

La question des licences

C'est le piège dont on parle le moins. Une police trouvée gratuitement en ligne n'est pas forcément libre d'usage commercial. Beaucoup de typographies sont gratuites pour un usage personnel seulement : les utiliser sur un logo, un site ou un emballage expose l'entreprise à une réclamation.

À l'agence, nous privilégions des typographies utilisables commercialement sans surcoût. Nous voulons que l'identité soit directement applicable par le client, sans frais cachés. En 2026, le choix est immense, et nous puisons principalement à trois sources :

  • Google Fonts : des polices libres, utilisables partout, sur le web comme à l'impression.

  • Font Squirrel : une sélection de polices vérifiées pour l'usage commercial.

  • Adobe Fonts : l'usage commercial est inclus, mais il nécessite un abonnement Adobe actif pour installer les polices.

À l'inverse, nous écartons les sites comme DaFont, où se mêlent polices amateurs et licences limitées à l'usage personnel.

Questions fréquentes

Combien de couleurs faut-il dans une identité visuelle ? Une couleur primaire, au moins trois neutres (clair, intermédiaire, foncé) et, si besoin, une couleur secondaire d'accent. Au-delà, l'identité devient difficile à appliquer avec cohérence.

Peut-on utiliser une police gratuite pour son logo ? Oui, à condition que sa licence autorise l'usage commercial. C'est le cas des polices de Google Fonts, par exemple. Une police « gratuite pour usage personnel » ne peut pas servir à une entreprise.

Comment vérifier le contraste de ses couleurs ? Avec un vérificateur de contraste en ligne, comme celui d'Adobe Color. Visez un rapport d'au moins 4,5:1 pour le texte courant et 3:1 pour les grands titres.

Emilie Rouchy

Écrit par

Emilie Rouchy

DA, graphiste & illustratrice

Directrice artistique, graphiste et illustratrice, Émilie imagine des identités visuelles singulières mêlant stratégie de marque, design et illustration.

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